Musée-o-mix

L’hackathon muséal de l’année, où des équipes bénévoles proposent de nouvelles expériences de médiation en seulement 3 jours, Museomix 2012 se déroulait au musée Gallo-Romain de Lyon du 19 au 21 octobre. Encadrés et coachés par des professionnels, une centaine de participants inventent et développent 10 prototypes, testés ensuite par des visiteurs-utilisateurs pendant deux semaines. L’objectif est d’ouvrir le musée et les collections aux visiteurs, de moderniser la muséographie dans un esprit libre, en utilisant le numérique pour explorer de nouvelles formes de narration et d’interaction.

L’évènement a été incroyablement bien relayé par la communauté (plus de 5000 tweets !) et agréablement agrégé ici et . Indiscutablement, la manifestation a remporté un succès pour tous les participants. Je vais tenter de partager quelques opinions sur Museomix 2012, où j’était muséopropulseur (dans la novlangue Museomix, c’est coach d’équipe)…

Le plaisir de faire est communicatif. Avoir l’opportunité de réaliser un prototype pour un usage public, avec une micro équipe de fans de musées, en seulement 48h : même les plus farouches collaborent. 200 personnes dans une pièce à 23h, courant tout azimut pour boucler une prise de vue, tester un module sous Openkinect ou partager le découpage d’une planche de bois. Qui peut résister à la ferveur des participants de fabriquer quelque chose d’utile ou d’amusant, mais sans les contraintes et les lenteurs des institutions ?

C’est une chance pour le musée de recevoir cette contribution librement. Plus les équipes sont hétérogènes, plus les propositions sont vivantes et décomplexées. Nul doute que le décloisonnement et la co-création des projets avec les muséomixeurs aura un impact très positif sur l’organisation interne du musée. La maintenance des applications post inauguration est intéressante aussi, même si les participants sont repartis chez eux. Qu’est ce que le musée veut finalement garder ? Qu’est-ce qui développe un véritable intérêt pour la médiation ?

Le processus de mise au point d’un prototype demande une certaine méthode. En existe-t-il une seule, et comment partager celle de Muséomix entre les coaches qui ne se connaissent pas non plus au début de l’histoire ? La mise en commun des compétences est certes plus rapide avec les multiples réseaux sociaux. Mais elle ne remplace pas une pédagogie d’équipe. Critiques, encouragements, input créatif, pivotement, assistance : tous ces mots n’ont pas la même valeur pour tous les coaches. Quelle doit être celle du muséopropulseur ? Elle s’invente, et c’est ça le plus interressant.

Ferveur et sensibilité des équipes masquent la faiblesse des propositions un peu trop rapidement conçues. Les propositions sont proches des objets, intégrés au discours du musée, parfois littéralement, mais aussi sans avoir pris le temps de prendre connaissance de l’environnement (attentes du public, architecture des galeries d’exposition, position dans la ville). Le travail de hameçonnage et de la motivation et de récompense des visiteurs est faible. On présuppose trop souvent que le désir d’engagement du visiteur est une ressource inépuisable.

Le concept de Fablab a ses adeptes et ses règles. Je m’y sens bien : la charte encourage le bricolage, la coopération et le progrès écologique (la pérennité via la recherche de l’interopérabilité maximale). A l’échelle de Museomix, il favorise plutôt des intuitions que des constructions. Résoudre de petits problèmes encourage l’intelligence instinctive plus qu’une vision globale. La méthode agile permet de gommer les imperfections de la construction au fur et à mesure qu’elles se présentent, mais reste faible pour porter une réelle innovation.

Quelles sont les tendances des propositions cette année ? Faites vous une idée en allant au musée Gallo-Romain jusqu’au 11 novembre et jetez un oeil sur le making-of.

Publié le 28 octobre 2012 dans Musée, News Vu 1601 fois, 1 fois aujourd'hui

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