Sans les masques
Le journal en image du chantier multimédia du musée du quai Branly. Toutes les photos de ce bloc-notes ont été prise avec mon téléphone portable selon la technique classique du earshooting, qui consiste a prendre la photographie en faisant croire qu’on écoute sa messagerie ou qu’on tente de joindre quelqu’un pendant une réunion ou dans les couloirs…
Le Mouvement des images
Le nouvel accrochage des oeuvres du Centre Pompidou est formidable : le Mouvement des images – Art et Cinéma, propose une relecture de l’art du XXème siècle à partir du cinéma. Je cite le catalogue : « A l’aube de la révolution du numérique, cette nouvelle présentation, organisée autour des composantes fondamentales du cinéma – défilement, projection, récit et montage – propose une redéfinition de l’expérience cinématographique élargie à l’ensemble des arts plastiques. »
L’exposition se déploie dans l’espace de manière remarquable. Il faut s’y précipiter. Un seul regret : qu’il n’aient pas trouvé une place pour Five Angels de Bill Viola qui m’avait beaucoup frappé l’année derniere.
L’ontologie est surfaite
Un article tres interressant sur le site de Clara Shirky au sujet de l’ontologie.
L’image ne dit rien, seul compte le montage
La première mission du musée est d’offrir l’accès le plus direct possible à l’objet, à l’œuvre originale, au « geste inventif de l’artiste ». Mais l’institution doit aussi pouvoir fournir les informations complémentaires qu’on est en droit d’attendre d’elle : les objets ne parlent pas d’eux-mêmes à tous.
Pour remplir leur mission auprès du public, la plupart des grands musées ont recours à l’utilisation de l’image, au document multimédia, dans leur dispositif d’exposition. Mettre l’œuvre dans son contexte valorise le pouvoir de l’image vis-à-vis du verbe. A quoi sert l’image ? « A montrer la vérité ».
En réalité, il n’en est rien. L’image est bien trop souvent appelée au secours du texte ou de la vitrine en tant qu’accompagnement didactique. Quelque soit l’intention initiale, cette démarche enferme l’héritage iconographique au pire dans un banal diaporama et au mieux dans un statut d’illustration, certes liée au discours scientifique, mais sans existence ni saveur véritable.
La réflexion sur la stratégie d’exposition de l’audiovisuel dans les musées sont encore rares : il y a nécessité des images et nécessité d’un statut de ces images.
Nous avons gardé à l’esprit les trois fonctions du film ethnographique définies par Marcel Griaule dans les années 50 :
- Il possède une valeur d’archive, à laquelle on se réfère comme à une fiche ou à un objet.
- Il constitue un moyen extrêmement efficace d’information pour les spécialistes.
- Il contribue à l’enseignement public et constitue, dans certaines conditions, une œuvre d’art.
Il faut donc rompre avec cette pratique absurde d’illustration, pour favoriser le questionnement des images pour permettre de dévoiler l’essentiel.
L’institution muséale toute entière doit être un outil d’initiation et de compréhension dans toutes les disciplines artistiques. Elle doit faciliter l’appropriation, la délectation, le respect des cultures.
The long tail
L’article de Wired sur the long tail (« la longue queue » en français) présente un fait récent mais décisif : l’évolution des marchés de masse vers les marchés de niche.
Bonne année 2006
Notre carte de voeux est extremement simplifiée et dépouillée cette année.
Maedaexpo
J’ai vu l’exposition Nature de John Maeda à la fondation Cartier, qui je dois le dire m’a laissé sur ma fin.
John Maeda développe des concepts interactifs sur tout les support numérique depuis une quinzaine d’années. C’est un maitre du code informatique et du design, capable d’écrire un livre directement en poscript ou de réaliser une animation vectorielle en java. Son site internet est une référence.
L’exposition présente plusieurs tableaux numériques dont la beauté algorithmique n’est pas aussi transparente que sur le web. Je doute que les projections vidéo présentés soient des applications temps réel… Ce qui perd beaucoup de son intérêt de l’oeuvre.
Une deuxième salle présente quelques applications interactives qui existaient déjà sur son site. Elle paraissent étonnamment daté dans l’espace d’exposition. Un peu comme un musée de vieille console. Les visiteurs ne percoivent pas la pertinence d’une oeuvre numérique dans ce contexte. Raté.
Filtre
HP a lancé un nouveau filtre « artistique » qui équipe certains de leurs appareils photo numériques: la « slimming feature » (« fonction régime »). On prends une photo en pied, on joue avec le slider, et hop! on retire quelques kilos… La démo sur leur site est assez parlante – j’adore !
L’expérience de la durée
Dans un musée, le multimédia est le dispositif idéal pour restituer, le plus fidèlement possible, la temporalité des œuvres : celle de la durée des rites (sortie de masques, séance de divination…), celle de la fabrication des oeuvres et en rendant compte du caractère éphémère de nombre de représentations, celle de la transmission des savoirs.
Pour autant, la durée du programme n’est pas égale à la durée de consultation par le visiteur. Cette dernière, qui constitue la valeur d’usage du programme, est déterminée par deux paramètres :
- L’offre qualitative éditoriale ou indice de lisibilité (la complexité et la sophistication du contenu)
- Le niveau d’interactivité (le degré de liberté offert à l’utilisateur dans la manipulation de la narration)
La quantité n’a pas grand-chose à voir. Le nombre d’écrans dans l’arborescence non plus, la durée dépend plus du nombre de liens internes du programme par exemple.
Dans le contexte de la visite, une pièce de musique Népalaise d’une heure diffusée en boucle ne sera consultée que quelques minutes seulement. Une visite virtuelle interactive d’une reconstitution d’une ville Aztèque à partir de documents archéologiques sera visionnée minutieusement.
Il faut ajuster le temps de consultation pour respecter le rythme de la visite en rapport avec le temps de la visite.
Le coût caché de la distribution
Faire un film ne coûte pas cher. Le distribuer si. Le diffuser aussi. Aujourd’hui, grâce aux technologies du numérique, n’importe qui armé d’une caméra vidéo et d’un ordinateur peut faire un film ou un documentaire mais ne peut pas s’offrir le droit de le diffuser selon la légalité du droit d’auteur. Les droits de reproduction et de représentation (pour la permission de citer une musique, une photo, un extrait de film) coutent cher.
D’après son auteur, le film Tarnation de Jonathan Caouette a été autoproduit pour 218 $. Les couts payés par le distributeur pour acquérir les droits pour les images d’archive et les musiques incorporées seraient de 230 000 $.
Autre exemple frappant : si vous utilisez la chanson « Happy birthday » dans une séquence de votre film, il vous en coutera 4500 euros de droits d’auteur pour garnir le portefeuille des ayant-droits de l’auteur de la chanson. Gloups.

Stéphane Bezombes 1997-2010