Underground ^-1

Comment fabrique-t-on un best-seller, un hit ou un blockbuster ? Pourquoi le pop-corn et le Coca-Cola jouent-ils un rôle majeur dans l’industrie du cinéma ? Après avoir échoué en Chine, Disney et Murdoch réussiront-ils à exporter leur production en Inde ? Comment Bollywood séduit-il les Africains et les telenovelas brésiliennes, les Russes ? Pourquoi les Wallons réclament-ils des films doublés alors que les Flamands préfèrent les versions sous-titrées ? Pourquoi ce triomphe du modèle américain de l’entertainment et ce déclin de l’Europe ? Et pourquoi, finalement, les valeurs défendues par la propagande chinoise et les médias musulmans ressemblent-elles si étrangement à celles des studios Disney ?

Pour répondre à ces questions, le journaliste et chercheur Frédéric Martel a mené une longue enquête et a publié un livre Mainstream (Flammarion), absolument passionnant et très documenté. Ce qu’il nous rapporte est à la fois inédit, fascinant et inquiétant : la nouvelle guerre mondiale pour les contenus a commencé.

Au coeur de cette guerre : la culture du grand public. De nouveaux pays émergent avec leurs médias et leur divertissement de masse. Internet décuple leur puissance. Tout s’accélère. En Inde, au Brésil, au Arabie saoudite, on se bat pour dominer le Web et pour gagner la bataille du « soft power ». On veut contrôler les mots, les images et les rêves. Son enquête ne parle pas du rôle des grands musées et des foires internationales dans la compétition concernant la vision du patrimoine culturel, mais beaucoup de chapitres éclaire les pratiques actuelles dans le monde de l’art de l’exposition.

Comment il faut faire pour plaire à tout le monde, partout dans le monde ?

Publié le 19 septembre 2010 dans Livres, Musée | 1 commentaire

L’art du dé-rangement


Les déchargeurs, Saison 2010-2011

Publié le 14 août 2010 dans Citation | Laisser un commentaire

La reciproque de l’exposition

« Le tableau sur le mur, c’est bien, mais attention à ce que le mur ne soit pas plus beau… »

Serge Poliakoff (1900-1969)

Publié le 9 août 2010 dans Citation | Laisser un commentaire

Joue-là comme John

Pourquoi le nouveau film de Mathieu Amalric me fait immédiatement penser au cinéma de John Cassavetes ? Par son sujet – un producteur flibustier qui se consume en montant une tournée de cabaret ? Par le mélange entre l’équipe de tournage et celle que l’on tourne – il ne manque plus qu’une perche dans le champ de la caméra ? Par les décors tellement désuets qu’ils deviennent glamour ? Par la mélancolie des scène de nuit où les acteurs semblent improviser ?
Certes le personnage principal est moins attachant, moins hargneux, plus féminin que ceux de Cassavetes. Mais l’énergie d’Amalric est pleine de grâce et de jouissance, capable de donner le sentiment que le réel résiste il va nous apporter la preuve qu’il peut l’enchanter par la force de la volonté. A la sortie du cinéma, on aurait envie de retrouver ces filles et de partir avec elles faire un tour dans la ville, la cigarette au bec.

Publié le 11 juillet 2010 dans Films | 3 commentaires

Paradisiaque

Présentée dans la grande galerie du Centre Pompidou jusqu’au 9 août 2010, l’exposition Dreamlands nous montre comment les modèles de foires internationales, d’expositions universelles et de parcs de loisirs ont influencé la conception de la ville et de ses usages.
Démultipliant la réalité par la pratique de la copie, jouant d’une esthétique de l’accumulation souvent proche du kitsch, ces mondes clos et parallèles ont inspiré les démarches artistiques, architecturales et urbanistiques au XXe siècle. Au point de s’ériger en possible norme de certaines constructions contemporaines au Moyen Orient ou ailleurs. Une expo collage, très bien mise en scène, miroir de la mondialisation de la cité paradis.

Publié le 11 juin 2010 dans Exposition, Musée | Laisser un commentaire

Primitive

La palme d’or pour le film « Uncle Boonmee, … » est certainement méritée et aussi prévisible, tant les images qui circule sur ce film déjà culte semblent étonnamment contemporaines et proche de l’univers de l’ancêtre Tim Burton, président du jury. Je suis un fan de Weerasethakul depuis Tropical Malady. Cinéaste, photographe, artiste contemporain, ses œuvres sont pleines de mystère et d’une lenteur à la limite de l’ennui qui cherchent à toucher très profondément les spectateurs. Son exposition Primitive (qui a circulé au musée d’Art Moderne de la ville de Paris) était déjà pleine d’une force contemplative, brute et intrigante. Elle se terminait par un spectacle hallucinant d’une danse astrale virtuosement mise en scène qui normalement devait se retrouver dans son long métrage. Nous verrons bien…

Publié le 24 mai 2010 dans Exposition, Films | 3 commentaires

Formaté

Lorsque j’ai rencontré Philippe Bertrand en 2000, il avait déjà une grande carrière d’illustrateur, designer, décorateur, directeur artistique. Après plusieurs tentatives de réalisation de série de dessins animées, il lui était venu à l’idée de réaliser un jeu en ligne pour les enfants, à partir d’un univers complètement loufoque, sorte de métaphore drôle de la World Company et des fondus d’informatique (le personnage central s’appelle Mr Giks, l’univers s’appelle l’Empire des Grands Circuits, le reste à l’avenant). Il s’est rapproché de Montparnasse multimédia, et nous avons commencé à travailler ensemble sur son projet.

Le travail de pionnier sur le jeu Bugmonsters a constitué un des meilleurs moment de ma vie professionnelle. Grâce à la liberté managériale et créative qui régnait alors dans les studios de Montparnasse (merci Pierre, merci Carolina). Grâce à l’incroyable énergie positive qui sortait de l’équipe totalement hors circuit (merci Vincent, Julien, Nico, Daniel, Benoit). Mais surtout, grâce au talent et à la gentillesse du génial créateur du monde fou des Bugmonsters, dans lequel nous avons évolué pendant deux ans et demi, nous avons atteint une sorte modèle d’organisation de projet adolescente. En pleine bulle internet, nous fabriquions le premier jeu vidéo communautaire, les moteurs d’animation, sans aucune licence connue, en totale innocence.

Grâce à Philippe j’ai découvert que le talent d’un vrai artiste n’avait pas de limite. Je l’ai vu travailler sur le scénario, le game design, le dessin bien sûr, la programmation, la réalisation, l’animation, le marketing… Partout, il y insérait son exigence et son humour tendre. Comme un artisan, avec ses feuilles aquarellées qu’il nous amenait le matin, nous ne lâchions rien sur l’essentiel : faire rêver les enfants. Ironie du sort, Montparnasse a déposé le bilan en 2002, aspiré par les difficultés financières.

Comme les vrais bosseurs, il était infiniment attentif à ses proches et ses amis. Nous avons eu de la chance.

Merci Philippe.

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Publié le 20 mai 2010 dans Internet, Multimédia | 2 commentaires

L’expérience de la durée

A chaque étape de la conception d’une exposition, un effort considérable doit être mené pour permettre au visiteur de percevoir immédiatement quels sont les principes d’organisation qui structurent le contenu exposé et de lui permettre de choisir son degré d’immersion. On rajoute bien évidemment le paramètre du design des interfaces et celui de la qualité des dispositifs. Mais il faut avant tout favoriser la liberté du visiteur. C’est un élément indispensable au plaisir de la découverte d’une exposition et un enjeu bien trop souvent mis de coté par les starchitectes et scénographes à la mode, qui tentent de « faire oeuvre » dans la création d’une exposition. La médiation multimédia joue le rôle d’exposition et de transmission du savoir, pour permettre a chacun d’y puiser une délectation culturelle. Mais elle ne cherche pas nécessairement à réinventer à tout prix le système d’information du musée. Le terme anglais qui convient le mieux à cette ambition – et qui n’a pas réellement d’équivalent en Français – est l’empowerment.

Il me semble alors que la conception rigoureuse de la grille des contenus est le plus efficace pour respecter la lisibilité du discours, pour dimensionner correctement les moyens de production, et pour favoriser l’attractivité des programmes. La durée des audiovisuels, préoccupation constante des concepteurs, n’est pas forcément la pierre philosophale d’une bonne scénographie multimédia. La question qu’il faudrait se poser est « Quelle est la durée minimale pendant laquelle le visiteur doit être attentif ? ». Répondre à la question n’est pas chose facile, et il n’est pas toujours souhaitable de faire un choix. Un programme de 15 minutes peut être conçu pour être regardé que quelques secondes par certains publics et plusieurs minutes par d’autres.

Dans le contexte d’une visite libre, la durée de consultation dépends de trois facteur au moins :

  1. l’indice de lisibilité : la complexité et la sophistication du contenu, niveau de qualité de la production
  2. le niveau d’interactivité : le degré de liberté offert à l’utilisateur dans la manipulation de la narration du programme
  3. la position ergonomique : taille de l’écran, le confort de visualisation – en particulier l’assise

Publié le 29 avril 2010 dans Exposition, Musée | Laisser un commentaire

Modernité

Ai revu ce week-end « La Vie moderne » de Depardon en DVD. J’avais envie de replonger dans ce documentaire minimal et crépusculaire sur la condition des agriculteurs. Il se dégage de ce film une grande sérénité et un sentiment de familiarité unique avec ces gens. Je voulais aussi prendre le temps d’examiner le visage de Raymond Privat, longuement filmé. Il ressemble tellement à mon grand-père.
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Publié le 12 avril 2010 dans Films | 2 commentaires

Solidarité

Ce que je retiens des recentes éléctions régionales : les concepts politiques séduisants ne sont plus uniquement à droite (la gauche solidaire, la coopérative écologique, le vote obligatoire sont enfin des trouvailles de l’opposition, à concretiser) et la région Réunion a changé de majorité. Du coup, la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise ne verra peut-etre jamais le jour. C’est triste.
A noter qu’en 2014, avec la proposition du nouveau mode de scrutin uninominal à un tour, l’UMP remporterai 22 régions. Un hold-up démocratique en prévision ?

Publié le 29 mars 2010 dans Politique | 1 commentaire