Le goût du vrai

Le succès public des musées et des expositions temporaires est en constante progression. L’année passée, plus de 50 millions de personnes se sont rendues dans un musée en France. Je ne parle même pas du phénomène de l’exposition Picasso au Grand Palais et les deux derniers jours marathon d’ouverture 24/24. En début d’été 2009, les principales expositions temporaires à Paris sont véritablement submergées (ceux qui ont essayé de rentrer au Louvre ou au quai Branly ce week-end comprennent ce que je veux dire).
Par certains aspects, la consommation culturelle de certains visiteurs ressemble à celle des abonnés des salles de cinéma des années 60 (et de certaines salles encore) : les gens viennent au musée par fidélité, par leur abonnement, et demande ensuite ce qui y est « joué ».
Les musées ont-il remplacé les salles de cinéma comme lieu de culture et de sortie branchés à l’échelle humaine ? Se développe-t-il une nouvelle classe de critique muséophiles, l’expérience collective du cinéma étant réduite à télécharger un simple fichier numérique et à le consommer entre amis sur son écran LCD ? Le succès public des expositions est peut-être aussi dû au fait qu’on y voit des vraies choses, et non pas uniquement des images ou des flux…

Publié le 28 juin 2009 dans Exposition, Musée | Laisser un commentaire

A propos de la scénarisation de la médiation culturelle

Je termine du coffret vidéo de l’intégrale de la série « Palette » , 50 épisodes réalisé entre 1985 et 2005 par Alain Jobert. Pour ceux qui ne connaissent pas cette référence mondiale, chaque épisode s’intéresse à un seul tableau, décrypté pendant 30 minutes sous forme d’exploration esthétique, sans autres artefacts qu’une palette graphique et une voix-off chevrotante. Et c’est génial.

La démarche de pédagogie et de scénarisation de la série se base sur la découverte progressive d’énigmes. Le point de départ est toujours une très riche documentation historique et scientifique et parfois visuelle. Ce ne sont pas les énigmes elles-même qui sont intéressantes pour la médiation, mais l’aventure partagée de cette recherche ou le processus de la découverte qui séduit et enchaîne le spectateur. Ce dernier court après un secret. Et cette course devient le moteur de sa curiosité.
Les gens font des milliers de kilomètres pour aller voir des images dans des musées que bien souvent ils ne comprennent pas, car elles font référence à des univers très codés qui ne connaissent pas, malgré les fiches, malgré les textes explicatifs, malgré les cartes géographiques, et qui finissent par créer une sorte d’insatisfaction.
L’information muséale n’a pas toujours les clés pour répondre aux attentes des spectateurs. Il s’agit de révéler, mais pas n’importe quoi et pas n’importe comment. Il y a un rituel de la révélation : l’analyse stylistique, le mystère, le suspens, la mémoire personnelle sont habilement manipulés par le médiateur pour captiver son audience et conserver l’attention de chacun.
Pour lutter contre la prolifération des images, Alain Jobert choisi une écriture visuelle économe, précise, découpée en gros plans, comme une enquête policière. L’ironie est parfois présent dans le ton de la voix off, jamais bavarde. Dans chaque épisode, on partage le plaisir de la découverte.

La médiation n’a pas vocation principale d’apprentissage, car l’Histoire de l’art est plus compliquée que le simple plaisir de regarder un tableau, mais elle peut permettre de déchiffrer un mystère et de créer un « instant décisif » de compréhension, qui permet au spectateur de comprendre ce qu’il y a d’original dans une œuvre ou de jouir du message de l’artiste.

Publié le 28 mai 2009 dans Films, Musée | 3 commentaires

La Maison de la vache qui rit

Qu’est-ce qui est triangulaire, qui a 85 ans, dont le sourire est une icône et qui porte des boucles d’oreilles fractales ?

L’aventure du célèbre fromage fondu en portions a débuté dans le village près de Lons-Le-Saunier, sur le premier plateau jurassien, en 1921. Aujourd’hui 10 millions de portions de La vache qui rit sont dégustées chaque jour, la marque est internationalement reconnue, elle mécène des événements sportifs et poursuit son expansion culinaire aux quatre coins du monde.
C’est dans la première usine de 1926 que le groupe Bel a décidé de construire un lieu culturel, qui retrace la saga patrimoniale de la marque depuis les origines : La Maison de la vache qui rit inaugurée le 15 mai 2009, ouverte au public le 21 mai.
La vache qui rit joue à nouveau la carte de la créativité et de l’innovation qui a toujours caractérisé la marque et se propose d’inventer avec ses visiteurs, le futur de la célèbre vache rouge dans un bâtiment technologique et respectueux de l’environnement.
logo mvqrAu sein d’un espace d’exposition de 1500 m², l’exposition présente design, objets cultes, pastiches, films patrimoniaux, jeux vidéo et parcours multimédia pour les grands et les petits.
La MVQR a été réalisée par le cabinet d’architecture Reichen et Robert Associés, la scénographie est de Arc en Scène. Reciproque a assisté Bel dans la production des contenus audiovisuels, depuis la scénarisation du parcours multimédia jusqu’à l’intégration des dispositifs.

Publié le 20 mai 2009 dans Exposition | 4 commentaires

Eupalinos ou l’Architecte

« De tous les actes, le plus complet est celui de construire. Une oeuvre demande de l’amour, la méditation, l’obéissance à ta plus belle pensée, l’invention des lois par ton âme, et bien d’autres choses qu’elle tire merveilleusement de toi-même, qui ne soupçonnais pas de les posséder. Cette oeuvre découle du plus intime de ta vie, et cependant elle ne se confond pas avec toi…
Mais le constructeur trouve devant soi pour chaos et pour matière primitive l’ordre du monde que le Démiurge a tiré du désordre du début. La Nature est formée, et les éléments sont séparés; mais quelque chose lui enjoint de considérer cette oeuvre inachevée, et devant être remaniée et remise en mouvement, pour satisfaire plus spécialement à l’homme. »

Paul Valéry

Publié le 16 avril 2009 dans Citation | 3 commentaires

Une nouvelle éthique du travail

Pekka Himanen, dans son essai L’éthique Hacker, soutient la thèse selon laquelle les pratiques sociales des hackers du logiciel libre véhiculent une éthique qui s’affirme en rupture profonde avec l’éthique protestante à la base du capitalisme que nous connaissons. Elle constitue une innovation sociale susceptible d’avoir une portée qui dépasse largement les limites de l’activité informatique. « L’éthique hacker devient une expression qui recouvre une relation passionnée à l’égard du travail », le hacker y étant alors « un expert ou un enthousiaste de toute nature ».

Dans l’éthique protestante du travail, le travail est une fin en soi, son moteur est le profit ou l’appât du gain. Le travail est la finalité morale et naturelle de la puissance. Le non-travail est assimilé à de l’oisiveté, qui elle-même ne peut conduire qu’à la déchéance morale. La culture capitaliste en quelque sorte.

Le moteur principal de la mise au travail des hackers consiste dans le plaisir, dans l’engagement passionné (dont Linus Torvald est la figure emblématique, et Wikipedia la réussite la plus flagrante), pas dans l’argent.

C’est une organisation productive qui, se caractérise par :

Dans la version hacker du temps flexible, différentes séquences de vie comme le travail, la famille, les amis, les hobbies, sont mélangées avec une certaine souplesse de telle sorte que le travail n’occupe jamais le centre.

Au-delà de considérations éthiques, ce modèle basé sur l’ouverture des connaissances et l’innovation permanente s’avère le plus adapté pour l’activité productive de création de connaissance. A l’ère de l’information, les nouvelles informations sont crées plus efficacement en laissant la place à l’enjouement et à la possibilité d’organiser son rythme de travail.

Publié le 3 avril 2009 dans Internet, Politique | Laisser un commentaire

Il faut le voir pour l’entendre

Musique de madagascar Le musée de la musique ouvre après deux ans d’un chantier de rénovation de ses espaces de présentation permanents. Tenant compte des évolutions des modalités de présentation de la collection et de la demande de médiation culturelle, le réaménagement est le fruit d’une réflexion visant à élargir le public, l’accès à la connaissance de la musique et des instruments.
Nouveaux espaces (XXe siècle, musique du monde), nouvel accrochage, meilleure contextualisation des oeuvres, meilleur confort de visite. Même si elle reste de forme classique, la nouvelle scénographie de Repérages améliore grandement le parcours muséologique.
La nouvelle présentation intègre un parcours audiovisuel cohérent et exclusif dont la bande-sonore générale est disponible grâce à l’audioguide individuel synchronisé avec les écrans et les projections vidéo. Reciproque a accompagné l’équipe du musée de la musique dans la définition, la sélection des matériels et le déploiement de l’architecture de diffusion multimédia.

Publié le 5 mars 2009 dans Musée | Laisser un commentaire

Conservation du patrimoine numérique

Peut-on encore parler d’œuvre originale dans le cas d’une installation vidéo dont le matériel, vite périmé, est périodiquement renouvelé? Qu’est-ce que « conserver » une œuvre en libre circulation sur Internet ? Et « restaurer » une autre conçue sur un logiciel obsolète ? Des conservateurs et des responsables d’institution, des artistes et des historiens d’art font part de leur expérience dans le dernier numéro de Art Press 2 : Les enjeux de la conservation des arts technologiques.

Très intéressante interview de Gary Hill, à la recherche de l’authenticité son oeuvre par delà son obsolescence technologique. En vérité se soucier de questions très pratiques de maintenance, c’est aussi réfléchir au statut même de l’oeuvre d’art à l’ère de sa dissociation d’avec son support matériel.

Publié le 9 février 2009 dans Multimédia, Musée | Laisser un commentaire

Quand on aime, on ne compte pas

Lundi 2 février, Nicolas Sarkozy a installé officiellement le Conseil pour la Création artistique. Le conseil sera présidé par Nicolas Sarkozy lui-même, dirigé par le producteur Marin Karmitz et composé de 12 membres directement nommés par le président de la République et représentant les différents secteurs de la culture.
La présentation s’est déroulée au théâtre de l’Elysée, dans le pur style performatif du quinquennat, face à 300 personnalités probablement médusés par le mélange d’aplomb et d’ironie de l’orateur. « Pourquoi avoir peur ? », nous dit-il.
Sur le fond, rien à dire de concret.

Publié le 6 février 2009 dans Politique | Laisser un commentaire

The future is context-aware

Requêtes ayant connu la plus forte progression à Paris Requêtes ayant connu la plus forte progression à Marseille
1. dartybox
2. velib
3. adopte un mec
4. laposte.net
5. vie de merde
6. calendrier 2009
7. m6replay
8. facebook.fr
9. rue 89
10. météo paris
1. corse hebdo
2. meteo marseille
3. bppc
4. corse matin
5. smcnet
6. université de provence
7. la provence
8. neuf portail
9. marseille
10. le phoceen



Pas un mot-clé de commun.
Source : Google Zeitgeist

Publié le 30 janvier 2009 dans News | Laisser un commentaire

La vie moderne

L’exposition Terre Natale, à la Fondation Cartier (21/11/2008 – 15/03/2009) attire beaucoup de monde autant par la réflexion qu’elle propose sur la place de l’individu sur la planète mondialisée dans laquelle nous sommes tous propulsés, que par la qualité médiatique des intervenants.
Solitude, immatériel et confrontation avec l’autre. Cette remise en cause de Raymond Depardon du monde financier, ultrarapide, spectaculaire par un processus d’enregistrement artistique toujours intemporel et poétique est comme une bouffée d’air. Il faut voir les gens allongés dans les salles de projection avec leurs enfants, les mouvements des spectateurs pendant la projection, et les regards échangés à la sortie pour comprendre que l’exposition fait tombe pile en ce début d’année de récession annoncée. Une vraie modernité également dans la scénographie de l’image, gigantesque mais sobre.
Si la pensée de Paul Virilio n’est pas a remettre en cause, la réalisation de l’installation par Diller Scofidio + Renfro (avec Mark Hansen et Ben Rubin aux commandes quand même) n’est pas aussi concluante. La durée de la séance et son aridité graphique laisse plus perplexe.

Publié le 26 janvier 2009 dans Exposition, Photographie | Laisser un commentaire